Les municipalités de toutes tailles au Canada intègrent des stratégies d’adaptation climatique dans leurs plans municipaux. Cependant, nombre d’entre elles constatent que la transition de la planification à la mise en œuvre de projets d’infrastructures concrets peut s’avérer difficile.
Comment déterminer l’ordre de priorité des projets? Pouvez-vous en obtenir l’adhésion? Comment allez-vous les financer?
Ces défis peuvent être encore plus grands pour les petites municipalités, qui subissent des risques climatiques similaires ou plus importants, mais manquent de personnel spécialisé et de fonds pour y faire face.
Morden au Manitoba (population d’environ 10 000 habitants) a essuyé des inondations, une sécheresse et une chaleur extrême au cours de la même année civile. Alors que la ville achève son plan d’adaptation climatique, Shawn Dias, directeur municipal adjoint, explique qu’il faudra choisir les nouveaux projets avec soin. « Sachant que nous avons connu ces événements extrêmes et que nous voulons mettre en œuvre des mesures d’adaptation, il s’agit maintenant d’établir les priorités, c’est-à-dire les enjeux sur lesquels nous voulons concentrer nos efforts », explique Shawn Dias.
Utiliser les données sur les risques climatiques pour hiérarchiser les projets
Le comté de Huron en Ontario, qui connaît lui aussi des conditions météorologiques extrêmes, a récemment réalisé une évaluation des risques climatiques à l’échelle de la collectivité.
Derry Wallis, spécialiste des changements climatiques et de l’énergie, explique que le comté s’est fortement appuyé sur les côtes de risque lorsqu’il a décidé que le premier projet à privilégier était la préparation aux situations d’urgence liées aux déplacements en hiver.
« Le risque étant si élevé, notre équipe de travaux publics a créé une page Web sur le site du comté de Huron pour présenter l’accès aux données routières du comté en temps réel, ainsi que les routes provinciales dans les zones rurales », explique Derry Wallis.
Les cartes des risques climatiques sont un autre outil que les municipalités peuvent utiliser pour concentrer leurs efforts. « Vous pouvez envisager les risques les plus probables aujourd’hui, au milieu du siècle et à la fin du siècle », explique Ewa Jackson, directrice générale d’ICLEI Canada.
Ewa Jackson décrit comment les cartes des risques climatiques de l’ICLEI examinent les risques de chaleur extrême, d’inondation, de dégel du pergélisol et de feux de forêt dans tout le pays. En collaboration avec des modélisateurs et des climatologues, l’ICLEI utilise des données historiques, des cartes accessibles au public et des scénarios climatiques futurs pour attribuer une cote de probabilité. L’ICLEI a également conçu une évaluation de haut niveau des risques climatiques pour des projets ou des actifs localisés.
Ces outils font partie de la plateforme Perspectives climatiques d’ICLEI. Cette plateforme comprend d’autres outils pour guider les municipalités dans la réalisation de leurs projets, notamment des cartes géospatiales avec des ensembles de données pouvant être superposés, et un outil de recherche de solutions.
Les données générées par des outils de ce type permettent non seulement de hiérarchiser les nouveaux projets, mais aussi d’en encourager l’adhésion.
Avantages connexes : Voir au-delà de la perspective climatique
« Lorsqu’il s’agit de convaincre le conseil, d’obtenir l’adhésion du personnel et de faire en sorte que toutes les pièces du casse-tête s’imbriquent parfaitement, un autre élément clé est l’optimisation des avantages connexes », explique Rachel Mitchell, directrice des initiatives communautaires sur le climat pour la Clean Foundation.
Ewa Jackson estime également que le fait de mettre l’accent sur les avantages connexes constitue une stratégie efficace pour faire approuver et mettre en œuvre les projets. Les projets qui améliorent la qualité de vie tout en résolvant un problème climatique sont toujours de bons candidats.
Rachel Mitchell nous fait part d’un cas concret à Pictou, en Nouvelle-Écosse. La collectivité a examiné comment la prise en compte des risques climatiques comme l’élévation du niveau de la mer s’inscrivait dans d’autres priorités, comme le réaménagement du secteur riverain de manière à soutenir les entreprises locales, à faciliter l’accès pour les résidents et à encourager le tourisme.
Si les priorités sont clairement définies et qu’on envisage les besoins de la collectivité autrement que sous la seule perspective climatique, les conseils sont mieux disposés à dire « oui, d’accord, nous allons accorder un pourcentage de financement », explique Rachel Mitchell.
Franchir l’obstacle du financement
Vous avez privilégié un projet, vous avez obtenu l’adhésion de la population, vous devez maintenant trouver du financement.
Shawn Dias recommande la prudence à ce stade. Selon lui, il ne faut pas présenter un projet qui repose en grande partie sur un éventuel financement, car si ce financement n’est pas accordé, le projet tombe à l’eau.
Il suggère plutôt d’inclure le projet dans le budget d’investissement dès qu’il a été jugé prioritaire. De cette manière, le projet sera mené à bien quoi qu’il arrive, même si on espère toujours qu’une subvention permettra de réduire les coûts pour la municipalité.
Tous les participants ont mentionné que la recherche et la demande de financement constituent un défi supplémentaire pour les petites municipalités, où le personnel doit souvent assumer diverses tâches en plus de ses fonctions habituelles. Derry Wallis estime qu’il est utile de suivre de près les sources de financement qu’on connaît déjà pour le projet envisagé, et de joindre des personnes pouvant signaler d’autres sources qu’on ignore encore.
Partenariats de financement : Penser à l’échelle locale, agir à l’échelle régionale
Tout le monde a convenu qu’il semblait contre-productif de consacrer un temps déjà limité à solliciter un financement que des centaines d’autres demandeurs briguaient également.
Comme solution, Ewa Jackson suggère de mettre en place des partenariats régionaux. Mettre en commun les ressources et solliciter un financement plus important peut s’avérer plus efficace pour les demandeurs, et souvent plus intéressant pour les bailleurs de fonds.
À cette fin, Rachel Mitchell recommande de tisser des liens avec les collectivités voisines dans la mesure du possible. Si ce n’est pas possible, elle conseille de ne pas écarter l’idée de travailler avec une collectivité plus éloignée. Un partenariat avec une collectivité située à une centaine de kilomètres et dont la situation est semblable peut également fonctionner.
C’est beaucoup plus simple si on peut mettre ces ressources en commun et en discuter ensemble, affirme Rachel Mitchell. « On se sent ainsi moins seul, et je pense que ça fait toute la différence. »
Outils et ressources :
- Adaptation Actions to Implement Climate Resilience: Une ressource du FMV pour aider les municipalités à déterminer les mesures à prendre pour gérer les risques climatiques dans leurs collectivités.
- Perspectives climatiques: Une plateforme en ligne gratuite permettant aux collectivités canadiennes de trouver des données et des informations pertinentes et exploitables sur la construction de logements et d’infrastructures à faibles émissions de carbone et résilients.
- Boîte à outils Se préparer au financement: Conçue pour aider les municipalités à élaborer des projets d’infrastructures résilientes en vue d’un financement. Elle contient des outils permettant de définir et de hiérarchiser des projets d’infrastructures et des études de cas de projets pouvant être réalisés grâce à un financement novateur.