Cet article résume les principales conclusions d’un récent webinaire sur l’adaptation climatique équitable. Un groupe d’experts a discuté d’exemples, d’approches et de stratégies en matière d’adaptation climatique locale sous l’angle de l’équité, et a échangé des observations sur les priorités et les ressources locales en matière de climat pour soutenir les projets d’adaptation climatique des collectivités.  


Bon nombre de municipalités commencent à placer l’équité au cœur de leurs mesures de lutte contre les changements climatiques. L’adaptation équitable suppose de comprendre l’histoire et le contexte des systèmes dans lesquels nous travaillons, et d’admettre que nombre d’entre eux sont axés sur les privilèges et les inégalités. Nous devons donc trouver de nouvelles façons de penser et de faire les choses.

Nous devons notamment établir des relations : échanger, collaborer et nouer des partenariats avec les groupes dignes d’équité afin de garantir qu’ils obtiennent ce qui leur revient.  

Emmay Mah, directrice générale de la Toronto Environmental Alliance, suggère aux municipalités d’examiner les partenariats qu’elles doivent mettre en place avec les organismes communautaires, les organisations et les groupes de voisinage afin de protéger les résidents dans les situations extrêmes, mais aussi de renforcer la résilience climatique de la collectivité au fil du temps.  

Ce travail peut toutefois être très long et, comme le souligne Ewa Jackson, directrice générale d’ICLEI Canada, il n’est pas toujours facile à concilier avec la façon dont les projets municipaux sont généralement conçus, financés et administrés.  

Par ailleurs, le contexte climatique actuel confère un réel sentiment d’urgence à la réalisation de ces projets.  

« Ce ne sont plus des hypothèses », déclare Rachel Mitchell, alors directrice principale des programmes à la Clean Foundation. « Nous devons réagir aux conséquences plus fréquentes, et plus graves, des changements climatiques ». 

 
Brad Badelt, alors directeur du développement durable de la Ville de Vancouver, affirme que la ville en est encore à découvrir l’adaptation climatique axée sur l’équité, mais qu’elle est déjà en train de « rattraper son retard ». 

L’adaptation vue sous l’angle de l’équité  


Emmay Mah affirme qu’il est essentiel de placer le bien-être des collectivités touchées directement ou de manière disproportionnée par les changements climatiques au cœur des plans municipaux d’adaptation climatique.  

De quelle façon? Brad Badelt décrit un projet de plantation d’arbres dans le Downtown Eastside de Vancouver comme un exemple modeste mais très concret de changement de pratiques visant à se concentrer sur les mesures d’adaptation là où elles sont le plus nécessaires.  

Le quartier est très bétonné et asphalté, ce qui augmente la vulnérabilité des résidents à l’effet d’îlot de chaleur urbain lors des vagues de chaleur désormais fréquentes à Vancouver. Au fil des ans, la ville est passée d’une politique consistant à planter autant d’arbres que possible un peu partout à une approche plus ciblée sur des zones comme le Downtown Eastside, où la plantation est beaucoup plus difficile.  

La plantation d’arbres est également plus coûteuse ici, car la ville doit enlever le béton pour creuser des tours d’arbre. « Cela exige beaucoup d’entretien, mais il est évident que les besoins et les avantages sont bien plus importants ici », explique monsieur Badelt.  

Cependant, les projets d’adaptation équitable ne doivent pas toujours concerner les infrastructures physiques. L’infrastructure sociale est tout aussi importante.   

  
« Il est primordial que les gouvernements municipaux s’engagent à doter adéquatement les infrastructures communautaires de première ligne des ressources nécessaires. » – Emmay Mah, Toronto Environmental Alliance
 

Tirer parti des infrastructures sociales existantes  

  
Rachel Mitchell affirme qu’une bonne façon d’établir des liens avec les groupes dignes d’équité est d’entrer d’abord en contact avec les organismes qui travaillent en étroite collaboration avec les groupes sous-représentés, même lorsqu’il n’existe aucun lien évident avec le climat. « Il peut s’agir de Centraide ou d’un autre organisme qui travaille auprès des personnes mal logées », dit-elle.    

Emmay Mah partage cet avis et suggère qu’un bon point de départ serait d’examiner les infrastructures sociales existantes : les réseaux d’entraide, les modèles de soutien communautaire et l’entraide entre voisins. Ces structures, note-t-elle, sont des outils privilégiés pour la résolution multiple de problèmes en situation de crise.  

Madame Mah présente les résultats d’une étude menée par la Toronto Environmental Alliance (avec l’appui de la Ville de Toronto et du Atmospheric Fund), qui a révélé que les organismes communautaires ayant déjà effectué un travail de préparation ou de renforcement des capacités en cas d’urgence étaient capables de s’adapter beaucoup plus rapidement pour venir en aide aux résidents en situation de crise.

Par exemple, les bénévoles locaux des tours d’habitation du quartier St. James Town à Toronto avaient commencé à suivre une formation pour mieux se préparer à un événement météorologique extrême avant la pandémie. Dès que la crise a éclaté, ils ont pu réagir immédiatement, en communiquant avec les résidents de leurs immeubles qui avaient besoin d’aide, en parcourant les étages pour distribuer de la nourriture et en prenant des nouvelles des personnes âgées isolées.  

Après avoir constaté l’efficacité de ces initiatives communautaires, la Ville de Toronto s’est engagée à consacrer des ressources aux réseaux d’aide locaux lors de l’adoption de sa nouvelle stratégie de carboneutralité, les reconnaissant comme des pierres angulaires de l’infrastructure sociale et physique.

Madame Mah affirme qu’ils continueront à travailler avec la ville pour examiner comment on peut intégrer ces réseaux d’aide aux plans de résilience climatique, qualifiant le projet de « travail en cours ». 

Pour une conception et un financement plus équitables des projets d’adaptation 


Si nous voulons que les projets municipaux d’adaptation soient véritablement équitables, nous devrons sans doute les modifier à bien des égards.

Ewa Jackson souligne que la conception des projets municipaux d’adaptation peut aller à l’encontre d’une approche axée sur l’équité, qui repose sur un rééquilibrage des pouvoirs. Ce rééquilibrage exige d’instaurer un climat de confiance, ce qui prend du temps, alors que de nombreux projets municipaux sont soumis à des délais serrés. Il est pratiquement impossible d’établir des relations dans des délais très courts, surtout avec des groupes ayant longtemps été victimes d’inégalités et de marginalisation.

« Réunir des personnes pour collaborer uniquement à la phase un ou à la phase trois, lorsqu’on a besoin de quelque chose, relève, par définition, d’une démarche transactionnelle », explique madame Jackson. « L’adaptation climatique équitable, ou l’équité en quoi que ce soit, ne peut être de nature transactionnelle. Une collaboration minimale est indispensable. Sinon, il ne s’agit que de consultation, ce qui est très différent de la mise en place de l’équité. »  

Ewa Jackson suggère d’utiliser des modèles plus flexibles, comme la méthode de conception de projet agile, mais reconnaît que les modèles de financement pourraient devoir être plus agiles pour s’y adapter. 

Une autre solution consiste à trouver des moyens de surmonter certains obstacles juridiques afin de donner aux groupes communautaires les moyens d’agir davantage. Là encore, il s’agit de tirer parti des infrastructures sociales déjà en place. Cette idée a été reprise par les autres participants.  

« Il est primordial que les gouvernements municipaux s’engagent à doter adéquatement les infrastructures communautaires de première ligne des ressources nécessaires », soutient Emmay Mah. « Et cela vaut également pour les bailleurs de fonds. »   

 

Visionner le webinaire connexe


Outils et ressources en vedette :

L’adaptation aux changements climatiques sous l’angle de l’équité 

Activités d’équité, d’inclusion et de lutte contre le racisme de la FCM 

Adaptation équitable aux changements climatiques : Pistes de réflexion pour les administrations locales

Atlas Climatique du Canada : Savoirs Autochtones 

Tessa Watkins, Wheel of privilege (En anglais seulement)

Indigenous Climate Hub, Climate change adaption (En anglais seulement)

City of Vancouver, Sea2City design challenge (En anglais seulement)

Community Resilience to Extreme Weather (CREW), Neighbourhood heatwave response project (En anglais seulement) 

Toronto Environmental Alliance (TEA), Sowing the seeds for local climate leadership: A learning guide for resident engagement using a connected communities approach (En anglais seulement)

Toronto Environmental Alliance (TEA), Community hubs and community-based responses to the COVID-19 crisis: Lessons for building a more equitable, resilient and climate-safe Toronto  (En anglais seulement)

Climate Caucus Handbooks (En anglais seulement)

Government of BC, Systems-based approaches for climate resilient infrastructure (En anglais seulement) 

HealthyPlan.City (En anglais seulement) 

Climigration Network, Lead with listening: A guidebook for community conversations on climate migration (En anglais seulement)

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