Cet article résume les principales conclusions d’un récent webinaire explorant comment les données climatiques peuvent éclairer et soutenir les projets d’adaptation municipaux. Des experts ont abordé la question de la nature des données climatiques et ont partagé leurs expériences quant à leur utilisation dans le cadre de projets d’adaptation municipaux, nous montrant ainsi comment les municipalités sont particulièrement bien placées pour exploiter ces données afin de s’adapter aux changements climatiques et de renforcer leurs efforts d’adaptation.
La construction d’infrastructures municipales et d’autres actifs était autrefois relativement simple. Les gouvernements municipaux recouraient à des méthodes et matériaux fiables, et respectaient les normes de construction, permettant ainsi aux collectivités de profiter des fruits de ces efforts pendant de nombreuses années.
Désormais, si les municipalités souhaitent construire des infrastructures capables de résister aux effets des changements climatiques à venir, elles devront en faire plus. Les codes de construction conventionnels reposent sur des valeurs climatiques historiques, à une époque où les conditions météorologiques étaient cycliques et relativement prévisibles. La réalité est tout autre aujourd’hui.
« Des zones constructibles émergent dans le sud du pays, où règnent des conditions climatiques qui n’existaient pas forcément au Canada auparavant », explique Casey Clunas, analyste des politiques à Environnement et Changement climatique Canada.
Si nous voulons construire en tenant compte des changements climatiques, nous devons utiliser de nouveaux outils.
Quels outils de données climatiques devrions-nous utiliser?
Casey Clunas travaille avec le Centre canadien des services climatiques du ministère. Elle explique que les municipalités représentent une part importante des usagers du centre, car elles gèrent un grand nombre d’éléments particulièrement touchés par les changements climatiques.
Le centre propose des conseils, des formations et des ressources pour aider les usagers à comprendre les données climatiques et à les utiliser dans le cadre des décisions prises en matière d’adaptation. L’un de ces outils, Donneesclimatiques.ca, est un portail qui offre des données climatiques de haut niveau et à haute résolution pour l’ensemble du pays.
Ce centre n’est qu’une des sources que les municipalités peuvent consulter pour obtenir des données climatiques. Bien que Casey Clunas reconnaisse que la surabondance de ressources en ligne proposant des données climatiques de qualité peut être source de confusion, elle suggère de reformuler légèrement ce défi : « cela démontre que les options sont nombreuses ».
Sara MacRae, directrice, Climat et énergie pour le comté de Dufferin (à environ une heure au nord de Toronto), et son équipe ont collaboré avec le programme Promouvoir l’adaptation d’ICLEI Canada pour élaborer la stratégie d’adaptation et le plan d’action du comté. Ils ont utilisé le cadre BARC (Bâtir des collectivités adaptées et résilientes), un outil de planification en cinq étapes conçu pour aider les gouvernements municipaux à se préparer aux répercussions des changements climatiques en évaluant la probabilité qu’une série d’événements climatiques se produise ainsi que leurs conséquences possibles.
« Nous utilisons des outils fondés sur les données, en complément de méthodes plus qualitatives et narratives, pour mieux comprendre comment nos collectivités subissent les répercussions des changements climatiques. » - Jillian Prosser, Ville de Calgary
Le comté de Dufferin a utilisé des données et des modèles climatiques en parallèle avec l’expertise et l’expérience locales. « Et dans la mesure du possible, nous avons utilisé une approche globale », explique Sara MacRae. Cela signifie exécuter simultanément plusieurs modèles climatiques, pour ainsi fournir une projection plus précise qu’en utilisant un seul modèle pour des éléments comme les températures et les précipitations à venir, annuelles et saisonnières.
De même, la Ville de Calgary a utilisé une quarantaine d’indices différents pour élaborer son indice des risques liés aux changements climatiques pour la collectivité. Jillian Prosser, qui dirigeait l’équipe d’adaptation climatique au moment du webinaire, explique que cet outil permet à la ville de comprendre ses principaux risques climatiques et la façon dont ils pourraient affecter sa population, ses collectivités, ses lieux et ses actifs les plus vulnérables, afin qu’elle puisse réagir en conséquence.
Calgary utilise également des données climatiques en parallèle avec d’autres méthodes complémentaires.
« Nous utilisons des outils fondés sur les données, associés à des méthodes plus qualitatives et narratives, pour mieux comprendre comment nos collectivités subissent les effets des changements climatiques », explique madame Prosser.
Ce travail consiste notamment à organiser des groupes de travail communautaires et à collaborer avec la population pour comprendre les répercussions qu’elle subit et déterminer comment, selon elle, on pourrait mieux la soutenir dans un contexte de changements climatiques.
Utiliser les données climatiques pour concevoir en tenant compte des avantages connexes
Leurs approches complémentaires ont permis aux deux municipalités de privilégier des projets d’adaptation axés sur l’équité sociale. La création de pôles de résilience communautaires figurait en bonne place sur la liste de leurs priorités.
Sara MacRae affirme que le projet pilote du pôle de résilience du comté reflète son objectif de renforcer l’infrastructure sociale afin de mieux gérer, pour les résidents, les risques climatiques pour la santé et la sécurité en améliorant les liens au sein de la collectivité.
En « mode au quotidien », ce pôle servirait d’espace communautaire multifonctionnel. « Dans 99 % des cas, le pôle remplirait ce rôle », affirme madame MacRae. « Il pourrait par exemple offrir des espaces qu’on peut réserver pour organiser des activités, un atelier de réparation de vélos et une trousse de premiers soins. »
En cas de crise, le pôle passerait en « mode de perturbation ». Il pourrait devenir un lieu de réunion familiale, un endroit pour distribuer des fournitures d’urgence et communiquer des renseignements cruciaux, et bien plus encore.
Enfin, en « mode de reprise », le pôle continuerait à soutenir la collectivité en proposant des programmes de santé mentale, des services communautaires et la distribution de ressources pour aider les gens à se rétablir et à se reconstruire après une perturbation.
La conception du bâtiment elle-même sera également influencée par les données climatiques, car le comté de Dufferin devrait connaître des périodes prolongées de chaleur extrême. Sara MacRae indique qu’ils envisageront d’intégrer des éléments comme des zones ombragées, des points d’accès à l’eau potable et des stations de brumisation.
Parallèlement, la Ville de Calgary a privilégié la construction d’un pôle de résilience communautaire dans son quartier de Sunalta.
« Nous avons commencé à comprendre quels éléments de vulnérabilité sont essentiels pour faire face aux risques climatiques dans cette collectivité », explique Jillian Prosser. À Sunalta, cette vulnérabilité se traduit par un pourcentage élevé de personnes racisées, de chômage, de nouveaux immigrants et de terres recouvertes de surfaces pavées.
Le pôle consistera en un bâtiment spécialement conçu à cet effet, comprenant une cuisine commerciale, un café et des espaces de programmation. Il fonctionnera comme une entreprise sociale, ce qui signifie que les revenus qu’il générera seront réinvestis dans la collectivité.
Jillian Prosser explique comment les données climatiques ont guidé la conception du bâtiment, les systèmes de chauffage et de refroidissement du pôle étant conçus pour répondre aux besoins futurs. Cette approche adaptée aux changements climatiques comprend des modifications de l’enveloppe du bâtiment, du système énergétique, de la toiture et des aménagements extérieurs. Des mesures d’atténuation et d’adaptation aux gaz à effet de serre ont également été intégrées à la conception.
« Au lieu de créer ce pôle pour le climat que nous n’avons plus, on le construit pour celui dont nous allons hériter », explique-t-elle.
Visionner le webinaire connexe
Outils et ressources en vedette :
L’adaptation aux changements climatiques sous l’angle de l’équité
City of Calgary, Community Climate Risk Index (En anglais seulement)
Des données climatiques pour assurer l’avenir du Canada
Bâtir des collectivités adaptées et résilientes : Un cadre pour l’action locale