Les arbres urbains sont partout autour de nous — ils bordent les rues, nous fournissent de l'ombre sur les terrains de jeux et embellissent nos quartiers. Assurer la pérennité de cette canopée exige toutefois plus que le simple respect d'objectifs de plantation.
C’est pourquoi des municipalités partout au Canada élaborent des plans de gestion des forêts urbaines (PGFU) pour se doter de stratégies de gestion, d'entretien et de protection des arbres à long terme.
Notre guide, « Création d'un plan de gestion de la forêt urbaine pour votre collectivité », appuie ce travail en aidant les municipalités à se fixer des objectifs clairs et à long terme pour leurs forêts urbaines.
- Peyton Meters, gestionnaire d’engagement, pipikwan pêhtâkwan
- Miles Peart, gestionnaire, foresterie urbaine, Ville de Vaughan
- Jeff Boone, gestionnaire de projet, Ville de Saskatoon
Gestionnaire d'entreprise de formation, Miles Peart est gestionnaire de la foresterie urbaine à la Ville de Vaughan. Il a dirigé de nombreux projets de foresterie urbaine, dont le tout premier plan de gestion des forêts urbaines (PGFU) de Vaughan, qu'il décrit comme un « plan de match » qui assure la bonne intendance des « infrastructures vertes ».
S’inspirant du programme Villes du monde amies des arbres (Tree Cities of the World), codirigé par les Nations Unies, Peart décrit les piliers fondamentaux de la gouvernance des forêts urbaines : connaître l’inventaire des arbres – y compris leur emplacement, les espèces, leur taille et plus encore –, adopter un règlement pour encadrer les arbres sur le territoire, affecter les ressources nécessaires au niveau municipal pour créer et mettre en œuvre le PGFU, et définir clairement les obligations et responsabilités des membres du personnel.
Pour assurer la réussite d'un PGFU, une solide coordination entre plusieurs services municipaux, allant du logement au transport, est nécessaire. « L'élaboration d'un PGFU est sans aucun doute le meilleur moyen de rassembler tout le monde pour mettre en valeur l’importance des arbres en tant qu’actifs », affirme Peart.
Les pressions qui façonnent la foresterie urbaine, des changements climatiques au logement
Jeff Boone, gestionnaire de projet à la Ville de Saskatoon, travaille dans le domaine de la foresterie urbaine depuis 2006. Il explique que le PGFU de Saskatoon, approuvé en 2021, a été élaboré en grande partie à l’interne, avec l’appui d'experts-conseils pour l'établissement de cibles relatives à la protection des arbres et au couvert forestier.
La création du plan n’a certes pas été une mince affaire, puisque les Prairies sont confrontées à d’importantes variations de température — de 40 °C l'été à -40 °C l'hiver — ainsi que des conditions météorologiques changeantes, où une seule tempête peut décimer des milliers d’arbres.
La population d'arbres de Saskatoon, qui se compose principalement d'ormes et de frênes, doit régulièrement faire face à des conditions météorologiques extrêmes, explique monsieur Boone. Il précise que ce manque de biodiversité représente un risque pour la canopée de la ville, et qu'il s’inquiète particulièrement de la maladie hollandaise de l’orme, une infection fongique qui obstrue le système hydrique des arbres.
Les pressions exercées sur les forêts urbaines ne sont pas seulement environnementales. À Vaughan, qui affiche l'un des plus forts taux de croissance au pays, la forte demande en logements constitue une autre pression. Monsieur Peart aborde cette tension sans détour : les arbres existants ne sont pas toujours au bon endroit pour les projets d'aménagement, car ils peuvent empêcher la construction de nouveaux trottoirs, par exemple. « Notre travail consiste vraiment à agir comme gardiens des arbres pour les prochaines générations, dit-il. Les décisions que nous prenons ici, aujourd'hui, doivent trouver un équilibre entre de nombreuses priorités concurrentes. »
La façon dont une collectivité gère ses forêts urbaines déterminera si les générations futures hériteront de quartiers plus frais, plus résilients aux risques climatiques comme les inondations, et plus favorables à la santé et au bien-être publics.
Boone ajoute que l'élaboration d’un document de foresterie urbaine stratégique tenant compte de cette « grande diversité de situations » peut s’avérer complexe, mais que, tout comme Peart, il a constaté que les PGFU sont des documents « très, très utiles pour jeter les bases d’une collaboration entre différents services internes. »
Grâce au PGFU de Saskatoon, lorsque le conseil municipal approuve un plan, comme une stratégie pour le transport actif, il est maintenant plus probable que Boone et son équipe soient impliqués dès le départ dans le comité de direction, ce qui permet une meilleure collaboration pour régler des questions comme la construction de nouveaux trottoirs. Même si les conflits demeurent inévitables, « le fait de travailler ensemble dès le départ permet au moins d'atténuer considérablement les tensions », affirme-t-il.
L'équité dépend des personnes impliquées et de la manière dont elles sont impliquées
La mise en œuvre réussie d’un PGFU n’est pas une mince affaire, et il est important de célébrer les jalons. « [C’est] la meilleure occasion de communiquer avec toutes sortes d'intervenants, » affirme monsieur Peart, qu'il s'agisse de leaders municipaux, de résidents ou de partenaires communautaires.
Ces partenaires communautaires sont essentiels à la pérennité d’un PGFU.
« Ne vous contentez pas de simplement encadrer la démarche en vous disant ‘c’est ça, la planification des forêts urbaines’, affirme Peyton Meters, gestionnaire d’engagement chez pipikwan pêhtâkwan, une agence autochtone de relations publiques et d’engagement basée à Edmonton. Laissez l'idée germer et laissez ces graines être semées au travers des différents partenariats que vous établissez. »
Pour madame Meters, cela sous-entend d'aller au-delà du simple fait d’informer ou de consulter la population. En faisant référence au spectre de l’International Association for Public Participation, elle encourage les municipalités à viser une implication et une collaboration plus profondes, où les résidents ne font pas que réagir aux plans, mais contribuent à les façonner et à en soutenir la réalisation.
Elle ajoute que de nombreuses collectivités mènent déjà des activités pour leurs forêts urbaines, et qu'une faible participation est plus souvent un reflet de la façon dont les organismes interagissent avec les communautés, plutôt qu'une indication d'un faible intérêt du public. « Tout commence par la création d'un lien d’abord, et ensuite, le travail peut suivre », dit-elle.
Saskatoon offre un exemple concret. Boone explique que les résidents étaient auparavant tenus d’arroser les arbres plantés par la Ville devant leur domicile pendant la première période suivant la plantation. La Ville a retiré cette exigence de son plus récent PGFU « afin d'offrir un accès plus équitable à cette opportunité de plantation d’arbres », explique-t-il.
Les arbres sont toujours les mêmes, mais les attentes ont changé. En retirant l’obligation d’arrosage, la Ville a ainsi réduit le fardeau pour les résidents qui n’avaient peut-être pas le temps ou la capacité de s’en occuper.
Peart ramène la conversation à la base. Selon lui, dans le travail municipal, le personnel est « au service des gens » — pas seulement des arbres. Dans cette optique, les décisions concernant les forêts urbaines doivent avoir du sens dans la vie quotidienne des gens : sécurité, santé publique, équité, utilisation judicieuse des fonds publics et résilience aux effets des changements climatiques.
En ce qui concerne l'élaboration de la prochaine génération de PGFU, madame Meters affirme que les visions du monde autochtones encouragent les urbanistes à penser plus loin que les enjeux d’aujourd’hui. « Il ne suffit pas de penser seulement à ce qui est important pour votre municipalité ici et maintenant, dit-elle, mais pour les sept générations à venir. »

L’initiative Croissance de la canopée des collectivités canadiennes du Fonds municipal vert, qui est financée par le gouvernement du Canada et mise en œuvre par la FCM, est un programme de 291 millions de dollars qui prendra fin en 2031. Le renforcement des capacités est rendu possible grâce à un partenariat avec Arbres Canada. L’initiative CCCC soutiendra la plantation d’au moins 1,2 million d’arbres dans l’ensemble du pays d’ici à la fin mars 2031.