Sommaire

Cette étude de cas présente un cadre pratique que les gouvernements locaux ruraux peuvent adopter pour mettre en œuvre des pratiques d’économie circulaire axées sur les déchets de construction et de démolition. Destiné aux collectivités en transition économique, isolées géographiquement et disposant de ressources humaines et d’infrastructures limitées, ce cadre allie études de marché sur les matériaux, activités de mobilisation en personne et projets pilotes communautaires pour transformer les flux de déchets locaux en atouts économiques. En favorisant les échanges de matériaux et la valorisation, les municipalités rurales peuvent réduire leurs coûts, créer des emplois et renforcer leur résilience économique à long terme. 

Points saillants

Cette approche par étapes s’adresse aux gouvernements locaux ruraux et peut être adaptée à différentes régions, quelle que soit leur taille.

  1. S’appuyer sur des études de marché approfondies pour comprendre le secteur des résidus de construction et de démolition, cerner les occasions dans l’économie circulaire et évaluer les lacunes régionales.
  2. Favoriser les partenariats communautaires et diverses formes de participation en personne afin de valider les données, de définir les priorités et de soutenir la réutilisation à l’échelle locale.
  3. Tirer parti des actifs communautaires existants plutôt que de tout construire à partir de zéro.
  4. Soutenir l’emploi local, les entreprises sociales et les petites entreprises.

Contexte

Pourquoi les collectivités rurales ont-elles besoin d’une approche différente?
Historiquement, de nombreuses collectivités rurales ont reposé sur une économie fondée sur les ressources. À mesure que ces secteurs déclinent ou font l’objet de regroupements, elles doivent composer avec la transition économique en ne disposant que d’outils et de capacités limités. En milieu rural, la réussite repose sur la flexibilité, l’établissement de relations et la valorisation optimale des actifs locaux existants.

Les gouvernements locaux ruraux qui tentent de promouvoir des initiatives d’économie circulaire font souvent face à :

  • des volumes de matériaux et des marchés restreints et irréguliers;
  • une perte de valeur économique due au gaspillage lié aux activités de construction, de rénovation et de démolition;
  • des coûts de transport et d’élimination élevés;
  • des infrastructures de traitement locales limitées;
  • des contraintes de capacité au sein du personnel municipal;
  • une vulnérabilité économique suite à la fermeture d’entreprises;
  • un manque de politiques. 

Le défi : les obstacles structurels au développement de l’économie circulaire en milieu rural

La Synergy Foundation a élaboré un cadre qu’elle présente comme une approche de l’économie circulaire axée sur la collectivité. Ce cadre se compose de trois étapes : 

1. Comprendre les obstacles et les occasions à l’échelle locale
Il faut commencer par mener des études de marché sur les matériaux adaptés au contexte rural. Celles-ci permettent aux collectivités :

  • de déterminer quels résidus de construction et de démolition sont réellement récupérables et ont une valeur financière;
  • de comprendre le potentiel des marchés locaux et régionaux;
  • de quantifier les retombées économiques et les occasions d’emploi;
  • de cerner les compétences transférables existantes et les lacunes en matière de formation;
  • d’évaluer les lacunes régionales dans les politiques susceptibles de favoriser ou d’entraver la réutilisation des matériaux.

Ces données renforcent la confiance des conseils municipaux, du personnel et des partenaires.

2. Concevoir des solutions avec la collectivité, et non pour elle

Les collectivités rurales tirent profit d’un engagement en personne. Ce cadre met l’accent sur :

  • l’écoute des besoins exprimés par les membres de la collectivité et les entreprises;
  • la collaboration avec des intermédiaires communautaires jouissant déjà de la confiance de la population;
  • la validation des hypothèses avant de concevoir des solutions.

Cette étape garantit que les initiatives répondent à une demande réelle et non à des objectifs abstraits.

3. S’appuyer sur ce qui existe déjà

Plutôt que de créer de nouveaux systèmes à partir de zéro, les gouvernements locaux devraient :

  • tirer parti des entreprises sociales, des organismes de bienfaisance, des ateliers de fabrication collaboratifs et des petites entreprises;
  • évaluer le potentiel des infrastructures ou des espaces publics inutilisés ou sous-utilisés;
  • soutenir les partenariats qui alignent les objectifs économiques, environnementaux et sociaux;
  • déterminer les projets pilotes susceptibles de se développer au fil du temps.

Les exemples suivants montrent comment les collectivités rurales et isolées peuvent favoriser les résultats de l’économie circulaire en soutenant des initiatives concrètes et peu coûteuses s’appuyant sur les relations et les actifs existants au sein de la collectivité.

Group of employees in safety vests stand in the doorway of a brown wood-paneled building.

Remise de réutilisation du district régional de qathet, en collaboration avec Kindred ReBuild, mars 2026.

1. Réutiliser les remises pour créer un projet pilote ou une plateforme peu coûteuse et évolutive
La réutilisation des remises dans les stations de transfert, les décharges ou d’autres sites stratégiques constitue un point de départ pratique pour les collectivités qui souhaitent tester la réutilisation des résidus de construction et de démolition sans réaliser d’investissement initial important.

Exemple concret : District régional de qathet

  • Le district régional de qathet s’est associé à l’entreprise sociale Kindred ReBuild pour mettre en place une remise de réutilisation. Celle-ci offre un espace au sein de la station de transfert locale afin de récupérer les matériaux réutilisables et de les détourner de la décharge ou de l’élimination.
  • Les résidus sont triés, entreposés et proposés gratuitement à la collectivité, améliorant ainsi l’accès à des matériaux de construction abordables.

Gouvernement local :

  • Définition de la réutilisation comme une priorité pour la collectivité
  • Facilitation de l’accès au site et de son intégration dans les activités existantes de gestion des déchets
  • Mise en place d’un partenariat avec un organisme local de confiance pour soutenir les activités

2. Traitement à petite échelle pour accroître la valeur des matériaux et créer des emplois
Le traitement des matériaux (p. ex. le déclouage, le tri, le classement) augmente considérablement le potentiel de réutilisation et la valeur marchande des matériaux récupérés, tout en favorisant l’emploi local inclusif.

Exemple concret : District régional de Cowichan Valley

  • The ReUse People of Canada, organisme de bienfaisance enregistré, s’est associé à un transporteur local pour détourner et récupérer du bois de construction destiné à être transformé en combustible de chauffage ou envoyé à la décharge.
  • Le bois récupéré est débarrassé de ses clous et trié, ce qui crée des emplois locaux et assure un approvisionnement régulier en bois de récupération pour les utilisateurs finaux.

Gouvernement local :

  • Promotion des services et des possibilités de détournement des déchets au sein de la collectivité

3. Engagement en personne pour favoriser les échanges de matériaux
Les rencontres en personne ont régulièrement fait ressortir la possibilité de mettre en relation les producteurs de matériaux avec les transformateurs et les utilisateurs finaux.

Perspectives interrégionales :

  • L’établissement de relations a permis des échanges de matériaux immédiats et peu coûteux, sans nécessiter de nouvelles infrastructures.
  • Les partenariats communautaires, les activités à valeur ajoutée et le traitement local peuvent favoriser la création d’emplois, permettre la réutilisation des matériaux sur place tout en préservant leur valeur, et contribuer à la création d’un pôle d’économie circulaire pour les résidus de construction et de démolition.

Le cadre est conçu pour répondre aux défis par des solutions réalistes, par exemple :

  • Infrastructures de transport limitées → S’appuyer sur les infrastructures existantes pour intégrer davantage de services de transport.
  • Isolement géographique et coûts de transport → Privilégier la réutilisation locale et la création de valeur ajoutée plutôt que le recyclage dépendant des exportations.
  • Capacités municipales limitées → Recourir à des partenariats et à des projets pilotes pour renforcer les capacités en personnel.
  • Incertitude du marché → Commencer modestement, mettre à l’essai les hypothèses, mettre en place des projets pilotes et se développer progressivement.
  • Cycles de subventions et de financement → Investir dans les relations et une présence continue, plutôt que dans des études ponctuelles.

Les résultats

Principaux résultats attendus du cadre
Résultats économiques

  • Réduction de la dépendance à l’égard de l’exportation coûteuse des déchets
  • Création d’emplois locaux grâce à la réutilisation et au traitement
  • Maintien de la valeur des matériaux au sein des économies rurales
  • Résilience des chaînes d’approvisionnement locales contre les facteurs externes (p. ex. droits de douane)

Résultats environnementaux

  • Hausse de la valorisation des matériaux de construction et de démolition réutilisables
  • Réduction des émissions liées au transport sur de longues distances

Résultats sociaux et de gouvernance

  • Renforcement des partenariats entre les secteurs
  • Harmonisation avec les priorités établies par les collectivités

« Ce qui rend le projet Circular Hubs si attrayant, c’est son approche axée sur la collectivité. En ancrant les solutions d’économie circulaire dans l’engagement local et des projets pilotes concrets, il garantit que les avantages économiques et environnementaux se feront sentir localement et de manière durable. »
Jason Kouwenhoven, CPA, responsable des services environnementaux, district régional de qathet

Les avantages pour les collectivités rurales

Ce cadre permet aux collectivités rurales de passer d’une gestion réactive des déchets à un développement économique proactif. Il favorise l’accessibilité financière, renforce les entreprises locales et accroît la résilience pendant les périodes de transition. En conservant les matériaux, l’argent et les compétences localement, les collectivités acquièrent un contrôle accru sur leur avenir économique.

Les leçons apprises

  • Il faut investir dans un facilitateur local, quelqu’un qui est déjà bien ancré dans la collectivité.
  • Privilégier les interactions en personne et le réseautage chaque fois que cela est possible.
  • Veiller à ce que les efforts de sensibilisation et d’engagement touchent le secteur privé, les entreprises sociales, les innovateurs, les artistes et les créateurs.
  • Éviter les approches ponctuelles; la continuité est essentielle.
  • Tirer parti des actifs existants et amplifier le travail déjà accompli par les gens.
  • Mener des projets pilotes avant de passer à l’échelle pour réduire les risques.
  • Faire preuve de souplesse.

Prochaines étapes

Dans la région de qathet, les premières mesures sont déjà en cours dans le cadre d’un projet pilote naissant qui montre comment les collectivités rurales peuvent commencer à favoriser les résultats de l’économie circulaire en s’appuyant sur les relations et les infrastructures existantes. 

Kindred ReBuild, une entreprise sociale locale, récupère des matériaux directement sur un site industriel, renforce les partenariats locaux et accroît la réutilisation des matériaux au sein de la collectivité. Le projet pilote se concentre sur :

  • La récupération de matériaux à forte valeur ajoutée directement sur un site industriel, afin de les maintenir en circulation locale.
  • L’utilisation des infrastructures d’entreposage existantes sur site pour permettre une meilleure récupération des matériaux, leur entreposage temporaire, leur tri et leur redistribution à partir de remises de réutilisation et de canaux de vente au détail.
  • L’augmentation de la disponibilité locale des matériaux, avec la possibilité de réduire progressivement la dépendance aux approvisionnements provenant du Lower Mainland.
  • La mise en place d’un projet pilote de collecte directe des matériaux avec une entreprise de construction, afin de tester comment la récupération peut être intégrée dans les flux de travail courants de la construction sans nécessiter de nouvelles infrastructures.

L’expérience acquise permettra de tirer des leçons qui pourront servir à de futures collaborations, à la mise en place d’un traitement ciblé à petite échelle et à l’élaboration de politiques mieux adaptées aux réalités rurales. D’autres exemples seront présentés tout au long de ce projet.
 

Worker in red ball cap and orange safety vest stands inside an industrial space.

Kindred ReBuild récupère les matériaux excédentaires de l’ancienne scierie qathet, mars 2026.

Personne-ressource
Tai Uhlmann, gestionnaire de projet principale
Synergy Foundation
[email protected]

Autres ressources

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