Roy Brooke
Directeur général, Natural Assets Initiative
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Un quartier bordé d’arbres ou une forêt urbaine, c’est facile à admirer. Leur valeur, en revanche, est bien plus difficile à exprimer devant un conseil municipal, compte tenu des nombreux services et priorités que les collectivités doivent concilier.
Dans les collectivités aux prises avec des vagues de chaleur, des tempêtes extrêmes, des inondations, des pressions sur le logement et des budgets limités, les arbres sont bien plus qu’un projet d’embellissement. Ils soutiennent la santé publique, réduisent les inondations, améliorent la qualité de l’air, procurent de l’ombre, stockent du carbone, favorisent la biodiversité et renforcent le bien-être collectif — pour ne nommer que ces avantages.
Directeur général, Natural Assets Initiative
Directrice générale, Infrastructures pouvant s’adapter au climat, Centre Intact d’adaptation au climat
Propriétaire principale, Wild by Nature Forest Sanctuary
Membre du conseil d’administration, Association canadienne des médecins pour l’environnement
Pour Roy Brooke, directeur général de Natural Assets Initiative, les municipalités doivent repenser leur rapport à la nature. Comme il l’explique, la gestion des actifs naturels aide les gouvernements municipaux à comprendre, à comptabiliser et à gérer la nature comme une composante de systèmes d’infrastructures résilients. « Si on ne fait pas le travail nécessaire pour comprendre ces services, on [prend] des décisions erronées », affirme Monsieur Brooke.
Monsieur Brooke décrit les arbres et les écosystèmes comme des fournisseurs de services dont les collectivités dépendent, même si ces services ne sont pas encore pleinement pris en compte dans les décisions municipales. Par exemple, une forêt, un parc ou même un groupe d’arbres peut contribuer à la gestion des eaux pluviales, à la filtration de l’eau potable, à la réduction du risque d’inondation et aux loisirs, selon lui.
Lorsque les services rendus par les infrastructures naturelles ne sont pas compris, cela peut mener à des décisions coûteuses. Monsieur Brooke souligne que les municipalités risquent de surdimensionner leurs actifs construits simplement parce qu’elles ne se sont pas demandé ce que la nature faisait déjà.
Joanna Eyquem, directrice générale des Infrastructures pouvant s’adapter au climat au Centre Intact d’adaptation au climat, est géoscientifique et voit les arbres comme les éléments d’un système plus vaste, et non comme des éléments isolés. Les racines des arbres, explique-t-elle, contribuent à stabiliser les berges, tandis que les zones déboisées peuvent aggraver les risques d’inondation. Dans cette optique, les arbres sont directement liés à la circulation de l’eau dans le paysage. « Ils font partie d’un équilibre naturel; nous devons leur faire une place dans les processus qu’ils assurent », affirme-t-elle.
Pour justifier l’investissement, les spécialistes reviennent tous au même point de départ : l’inventaire.
Monsieur Brooke explique que les municipalités doivent savoir quels actifs naturels elles possèdent ou desquels elles dépendent, dans quel état ils se trouvent et à quels risques ils sont exposés. Ou, comme le dit Barb Rabicki, propriétaire principale du Wild by Nature Forest Sanctuary : « il faut savoir ce qu’on a pour déterminer où l’on s’en va ».
Madame Rabicki a occupé des fonctions en foresterie urbaine dans des municipalités comme Burlington, Markham et Hamilton, en Ontario. Elle a aussi planté plus de 1 000 arbres et arbustes indigènes au Wild by Nature Forest Sanctuary.
D’après son expérience, lorsqu’il s’agit de convaincre les conseils municipaux d’investir dans les forêts urbaines, l’argument financier compte. « Si vous leur présentez un document qui dit : voici la valeur de votre forêt urbaine, ou voici la valeur de cet arbre, ils comprennent », dit-elle.
Madame Eyquem cite en exemple le programme d’étiquettes bleues de Montréal comme moyen de rendre la valeur des arbres évidente. Des étiquettes d’un bleu vif fixées à certains arbres énumèrent des avantages comme la captation du carbone, la gestion des eaux pluviales et la réduction de la pollution atmosphérique. Par exemple, un vieux ginkgo procure environ 18 000 $ par année en services, dit-elle.
« Il faut bien comprendre une chose : l’argent a le dernier mot », insiste Madame Rabicki.
Pour la Dre Laurette Geldenhuys, membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement et professeure à l’Université Dalhousie, les arbres ont aussi leur place dans la conversation sur la santé. Elle évoque le programme pancanadien de « prescriptions nature », qui permet aux professionnelles et professionnels de la santé de prescrire du temps passé en nature : « au moins deux heures par semaine, à raison d’au moins 20 minutes à la fois ».
Selon la Dre Geldenhuys, des études démontrent que le temps passé en nature améliore la santé cardiovasculaire et pulmonaire, atténue l’anxiété et la dépression modérées et améliore l’attention chez les jeunes présentant un TDAH modéré. Elle mentionne aussi la règle du 3-30-300 : au moins trois arbres bien établis visibles depuis chaque domicile, école et lieu de travail; un couvert forestier d’au moins 30 % dans chaque quartier; et un espace vert public à moins de 300 mètres de chaque résidence.
Pour les municipalités qui manquent de personnel, de ressources ou d’expertise technique, les panélistes insistent : se lancer n’exige pas de tout régler d’un coup.
Madame Rabicki recommande de découper les objectifs en « petites bouchées », en commençant par exemple par une plantation d’arbres communautaire, en collaboration avec des organismes locaux ou des bénévoles. Ces partenaires, dit-elle, apportent une expertise et pèsent dans la balance auprès des conseils municipaux.
Madame Eyquem encourage les municipalités à rechercher des avantages multiples. Planter un arbre a une valeur en soi, dit-elle, mais l’exercice peut être « multiplement bénéfique » s’il contribue aussi à réduire les inondations ou à procurer de l’ombre dans une collectivité vulnérable. Comme le rappelle la Dre Geldenhuys, certaines études montrent que les surfaces ombragées par des arbres sont plus fraîches de 11 à 25 degrés Celsius que les températures maximales des surfaces sans ombre.
Comme le résume Madame Rabicki, il s’agit de « bien plus que de jolis arbres plantés en terre ».
Cet article présente les principaux points à retenir du webinaire « Pourquoi planter des arbres? », déjà présenté par le FMV.


L’initiative Croissance de la canopée des collectivités canadiennes du Fonds municipal vert, qui est financée par le gouvernement du Canada et mise en œuvre par la FCM, est un programme de 291 millions de dollars qui prendra fin en 2031. Le renforcement des capacités est rendu possible grâce à un partenariat avec Arbres Canada. L’initiative CCCC soutiendra la plantation d’au moins 1,2 million d’arbres dans l’ensemble du pays d’ici à la fin mars 2031.
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